Entre novembre et Pâques, l'eau dort dans les canalisations du bloc sanitaire pendant près de six mois. Au premier week-end chaud d'avril, trente clients ouvrent les douches en même temps, et ce qui a poussé dans les tuyaux devient un brouillard fin dans une pièce fermée. Au même moment, la fosse qui n'a pas été vidangée depuis quatre ans reçoit d'un coup la charge d'un camping plein. L'eau et l'assainissement au camping ne sont pas un sujet de papier : c'est la semaine qui précède l'ouverture. Voici ce qui doit être fait, et dans quel ordre.
D'où vient votre eau, et qui doit le savoir
Deux situations, deux régimes. Si vous êtes raccordé au réseau public, la qualité de l'eau avant le compteur ne vous appartient pas, mais tout ce qui est après vous appartient entièrement : le réseau interne, les ballons, les robinets, les douches.
Si vous avez un captage privé, un forage ou une source, c'est autre chose. Utiliser de l'eau prélevée dans le milieu pour l'alimentation du public exige une autorisation, et l'eau distribuée fait l'objet d'un contrôle sanitaire organisé par l'agence régionale de santé, avec des analyses dont la nature et la fréquence dépendent des volumes et du type d'installation. Si vous ne savez pas avec certitude dans quelle situation administrative se trouve votre forage, c'est le premier appel de l'hiver : demandez à l'ARS ce qui s'applique à votre camping, et gardez la réponse écrite avec les plans.
Vérifiez aussi la séparation des réseaux. Une eau non destinée à la consommation humaine, pour l'arrosage ou les sanitaires de chantier, doit être strictement séparée du réseau d'eau potable, avec une signalisation claire et une protection contre les retours d'eau. Un piquage improvisé il y a vingt ans est exactement le genre de chose que personne ne retrouve avant un contrôle.
La légionelle, et pourquoi un camping y est exposé
Le vrai risque sanitaire de votre réseau intérieur n'est pas l'eau qui arrive, c'est l'eau qui stagne. Les campings y sont plus exposés que les hôtels pour une raison simple : la saison. Trois règles couvrent l'essentiel.
La température d'abord : l'eau chaude quitte le ballon à une température élevée et ne doit pas revenir tiède dans la boucle de circulation. Baisser la consigne du ballon en novembre pour économiser, c'est acheter un problème en avril. Faites relever et noter les températures au départ et au retour, avec une date.
La stagnation ensuite. Établissez un plan de purge pour l'hiver et pour la basse saison : quels points de puisage, à quelle fréquence, pendant combien de temps, par qui, et où cela se coche. Cela vaut aussi, en avant-saison, pour les blocs encore fermés et pour les locatifs non loués.
Les bras morts enfin. Tout camping remanié depuis quarante ans en a : la branche coupée vers l'ancien lavoir, l'arrivée d'un snack qui n'existe plus. Une canalisation fermée par une vanne n'est pas une canalisation supprimée, c'est un réservoir. Faites les déposer et mettez le plan à jour. Et nettoyez ou remplacez pommes de douche et brise-jets, qui sont les pièces qui produisent l'aérosol.
L'assainissement : collectif ou non collectif
Si vous êtes raccordé au réseau d'assainissement collectif, votre travail est d'éviter que la station reçoive ce qu'elle ne doit pas recevoir, graisses de cuisine en tête, et de respecter les conditions de votre autorisation de déversement si vous en avez une.
Si vous êtes en assainissement non collectif, l'installation relève du contrôle du service public d'assainissement non collectif de votre intercommunalité. Le SPANC contrôle la conception et la bonne exécution des installations neuves ou réhabilitées, et le bon fonctionnement et l'entretien des installations existantes, à une périodicité qu'il fixe. Prenez contact hors saison pour savoir quand votre prochain contrôle est prévu et ce qu'il faut tenir prêt.
Dans les deux cas, l'entretien ne s'improvise pas. Faites vidanger les fosses par une entreprise habilitée et conservez le bordereau de suivi des matières : c'est la pièce qu'on vous demandera, et c'est aussi votre preuve que les boues sont parties vers une filière autorisée. Notez la date de la dernière vidange sur la même feuille que le reste, pas dans la mémoire de l'ancien agent d'entretien.
Pensez enfin à la borne de vidange des camping-cars. Les eaux noires ne vont pas là où vont les eaux grises, la signalisation doit être explicite, en pictogrammes plutôt qu'en français seul, et la zone doit être nettoyable. C'est le point du camping où une erreur de client coûte le plus cher.
Ce qu'un contrôle veut voir
Préparez une chemise mince, pas trois classeurs. Elle contient le plan du réseau à jour avec les points de puisage et les éventuels points de prélèvement, l'autorisation du captage s'il y en a un, les derniers résultats d'analyses, le plan de purge avec les passages signés, les relevés de température, les justificatifs d'entretien du ballon et de la boucle, les rapports du SPANC, et les bordereaux de vidange.
Qui a cette chemise règle une visite en une demi-heure. Qui ne l'a pas passe une semaine à chercher des factures de 2019. Mettez en janvier, dans le même planning que le reste de l'avant-saison, les purges, les relevés et le rendez-vous d'analyses. Si vous tenez vos réservations et vos arrivées au même endroit, vous voyez aussi tout de suite quels blocs doivent être ouverts à quelle date : c'est ce que fait CampSuite, où réservations, clients, acomptes et messages sont ensemble, y compris sur un téléphone. Voyez les fonctionnalités et la page des tarifs.
À faire avant l'ouverture
- Situation administrative du captage privé confirmée par écrit auprès de l'ARS, le cas échéant.
- Analyses planifiées auprès d'un laboratoire agréé, bien avant l'ouverture.
- Réseaux d'eau non potable strictement séparés, signalés, protégés contre les retours.
- Plan du réseau à jour, avec points de puisage et de prélèvement.
- Températures de départ et de retour de la boucle relevées et notées.
- Plan de purge pour l'hiver et la basse saison, attribué à une personne.
- Tous les points de puisage purgés avant l'ouverture, blocs fermés et locatifs compris.
- Bras morts identifiés et programmés en dépose.
- Pommes de douche et brise-jets nettoyés ou remplacés.
- Régime d'assainissement connu, rendez-vous avec le SPANC pris hors saison si non collectif.
- Vidanges faites par une entreprise habilitée, bordereaux conservés.
- Bacs à graisses de la cuisine entretenus et notés.
- Borne de vidange camping-car signalée en pictogrammes, eaux noires et grises séparées.
- Une seule chemise avec plans, autorisations, analyses, purges, entretien, SPANC et bordereaux.
Le sujet paraît technique, mais c'est de la planification de saison : une eau qui circule en hiver ne pose pas de problème en été, et une fosse vidangée en mars ne débordera pas le 14 juillet. Inscrivez les purges et le rendez-vous d'analyses dès l'automne dans le planning du printemps, avec tout ce qui doit être fait avant d'ouvrir. Pour garder réservations, clients et arrivées au même endroit, regardez les solutions pour petits campings ou écrivez-nous.