Un camping est à peu près le pire cas de figure imaginable pour la légionelle : de l'eau chaude distribuée en réseau, des douches collectives, de longues canalisations, et six mois par an où presque personne ne tire d'eau. La bactérie ne demande pas mieux qu'une eau tiède qui stagne dans un tuyau.
C'est aussi l'un des rares sujets où votre responsabilité d'exploitant se joue sur un carnet. Si un cas survient, ce que l'on vous demandera n'est pas d'avoir eu de la chance : c'est de montrer les relevés, les analyses et les actions. Voici comment tenir cela sans y passer l'hiver.
Ce que le texte impose
Les campings reçoivent du public et distribuent de l'eau chaude sanitaire collective : à ce titre, l'arrêté du 1er février 2010 relatif à la surveillance des légionelles dans les installations de production, de stockage et de distribution d'eau chaude sanitaire s'applique. Il repose sur trois obligations, et elles tiennent ensemble.
- La température. L'eau doit être produite et stockée à une température suffisamment élevée, et rester chaude dans tout le réseau bouclé, en pratique au moins 50 degrés aux points de puisage, à l'exception des quelques mètres terminaux. Les configurations sans bouclage et les ballons de petit volume relèvent de règles particulières : faites qualifier la vôtre par votre installateur plutôt que d'appliquer un chiffre lu ailleurs.
- Les prélèvements. Une surveillance par analyses aux points d'usage à risque, au moins une fois par an, par un laboratoire accrédité. Le seuil de référence pour Legionella pneumophila est de 1 000 UFC par litre : au delà, il faut agir, et la conduite à tenir dépend du niveau mesuré. Votre ARS vous indiquera les suites attendues et les éventuelles mesures de restriction.
- Le carnet sanitaire. Le document qui recense l'installation, les relevés de température, les analyses, les travaux et les interventions. C'est la pièce qui fait la différence entre un exploitant diligent et un exploitant qui affirme l'avoir été.
Attention au périmètre : le spa, le jacuzzi et les bains à remous relèvent d'une réglementation distincte et plus exigeante, et la piscine a la sienne. Voyez l'article sur la piscine du camping.
Les points à risque, dans un camping précisément
Les réseaux de camping ont des défauts que les immeubles n'ont pas, et ce sont eux qui posent problème.
- Les bras morts. Une douche supprimée dont la canalisation est restée en place, un ancien bloc débranché, un robinet condamné : c'est de l'eau tiède immobile reliée à votre réseau. Le seul traitement efficace est la suppression physique du tronçon, pas la vanne fermée.
- Les blocs fermés une partie de l'année. Le bloc du fond, ouvert seulement en juillet et août, est votre premier point à risque. Même logique pour les emplacements locatifs vides plusieurs semaines.
- Les points peu utilisés. La douche handicapée, l'évier du local technique, le point d'eau de l'aire de services : peu tirés, donc à mettre dans le plan de purge.
- Les mitigeurs thermostatiques et les pommeaux entartrés. Le tartre abrite la bactérie et le mitigeur maintient de l'eau tiède en aval. Démontage, détartrage et désinfection au calendrier.
- Les ballons surdimensionnés. Un ballon prévu pour le 15 août qui chauffe un bloc vide en mai, c'est un volume d'eau tiède permanent.
Le calendrier qui fonctionne
Le reste du sujet est une affaire de routine. Celle ci se tient :
Chaque semaine en saison, le relevé de température en sortie de production et à un point éloigné, noté avec la date, l'heure et le nom de la personne. Deux minutes, et c'est la ligne qui compte le jour où l'on vous demande.
Chaque semaine hors saison, la purge des points non utilisés : on ouvre en grand, eau chaude, le temps que la température s'établisse. C'est fastidieux, et c'est la mesure la plus efficace du lot.
Avant l'ouverture, la purge générale de tout le réseau et la remise en température, suivies du prélèvement, avec un délai suffisant pour avoir le résultat avant les premiers clients. Pensez le au moment de bâtir votre checklist d'ouverture.
À la fermeture, la vidange de ce qui est mis hors service, et la décision écrite de ce qui reste en eau. Voyez l'article sur l'hivernage.
Une fois par an, les analyses par un laboratoire accrédité, aux points d'usage à risque, avec le rapport classé dans le carnet. Et une relecture du plan dès que vous modifiez le réseau : chaque travaux crée des bras morts si personne ne regarde.
Si une analyse dépasse le seuil
Ne commencez pas par le choc thermique au hasard. Dans l'ordre : contactez votre ARS et votre prestataire, identifiez les points concernés, décidez des restrictions d'usage le temps du traitement, traitez (désinfection thermique ou chimique selon l'installation), puis recontrôlez. Chaque étape va dans le carnet, avec les dates.
Et prévenez les clients concernés avec des mots simples : quel bloc est fermé, où aller, jusqu'à quand. Un bloc fermé sans explication produit davantage de dégâts qu'un bloc fermé expliqué, et vous retrouverez la différence dans vos avis. L'approche générale est dans l'article sur les réclamations.
Ce que vous pouvez automatiser, et ce que non
La purge, non : quelqu'un doit ouvrir les robinets. En revanche, savoir quels emplacements et quels blocs sont restés vides, et prévenir les clients déjà réservés qu'un bloc sera fermé une matinée, cela se tient au même endroit que vos réservations.
Avec CampSuite, chaque réservation garde ses clients et leurs coordonnées, son acompte et ses messages au même endroit, y compris depuis un téléphone ; les rapports donnent l'occupation par période, donc vous voyez quels secteurs n'ont pas été occupés et méritent une purge avant la réouverture ; et le message aux clients déjà réservés part de la réservation elle même. Voyez les fonctionnalités et, pour un petit camping, la page des solutions.
À mettre en place avant la prochaine saison
- Carnet sanitaire ouvert, ou repris et complété.
- Plan du réseau d'eau chaude à jour, avec les points d'usage à risque.
- Bras morts repérés et supprimés physiquement.
- Configuration qualifiée par l'installateur, températures cibles écrites.
- Relevés hebdomadaires en saison, avec date, heure et nom.
- Plan de purge hors saison, par bloc et par point.
- Détartrage des pommeaux et entretien des mitigeurs au calendrier.
- Laboratoire accrédité retenu, campagne annuelle programmée.
- Prélèvement d'avant ouverture planifié avec le délai de résultat.
- Conduite à tenir en cas de dépassement écrite, avec le contact ARS.
- Message type aux clients pour un bloc fermé.
- Relecture du plan après chaque modification du réseau.
Ce n'est pas le sujet le plus agréable de votre hiver, mais c'est l'un des rares où un classeur à jour vous protège réellement. Si vous voulez en parler, écrivez nous depuis la page de contact ; les tarifs des différentes formules sont sur la page des tarifs.